(SRC-MC) - C'est avec beaucoup d'émotion que trois témoins importants du naufrage de l'Acadien II ont livré, mercredi, leurs versions des événements.
Les survivants de l'accident, Claude Deraspe et Bruno-Pierre Bourque, ainsi que le capitaine Wayne Dickson ont raconté minute par minute ce qu'ils ont vécu.
Bruno-Pierre Bourque, le fils du capitaine de l'Acadien II Bruno Bourque, a notamment décrit comment s'est produit l'accident. Le jeune homme, qui a perdu son père et trois collègues dans la tragédie, a repris le fil des événements à partir du moment où l'équipage s'est aperçu du bris de gouvernail dans la journée.
Des renforts ont alors été demandés à la Garde côtière et c'est le Sir William Alexander qui est venu les tirer de ce mauvais pas vers 23 h.
Le jeune chasseur de phoque a ensuite raconté que des amarres de 200 à 300 pieds avaient été installées entre le brise-glace et le bateau des Madelinots. Il a alors noté que le ciel était étoilé et les glaces assez fortes. Le convoi s'est ensuite dirigé vers le Madelinot War Lord pour le dégager de la banquise.
Une fois ce travail fait, les trois navires se sont dirigés vers un autre bateau coincé dans les glaces. Bruno-Pierre Bourque souligne que la vitesse d'environ 2 noeuds passe vers 1 h à 4 noeuds. Il souligne que les glaces sont alors beaucoup moins importantes. Puis, il explique que le bateau vire à bâbord, frappe un morceau de glace puis chavire. Le brise-glace n'arrête pas.
Bruno-Pierre Bourque indique qu'il n'a pas alors tenté de communiquer avec l'équipage du Sir William Alexander. D'une part, tout s'est passé rapidement, souligne-t-il, et lui et Carl Aucoin s'activaient à avertir les autres membres de l'équipage. D'autre part, il n'a pas voulu interférer avec le capitaine Dickson, qui tentait déjà de joindre le brise-glace. M. Bourque n'a pas entendu de réponses, mais il ajoute cependant qu'il y avait beaucoup de bruits.
Rapidement, il raconte qu'il s'est retrouvé dans l'eau sous le bateau avec des débris autour de lui. Juste avant, il avait senti Carl Aucoin, juste derrière lui. Interrogé sur la présence de vigie sur le pont du brise-glace, le jeune marin a indiqué qu'il y avait quelqu'un cinq minutes avant l'accident, mais plus personne lorsque le bateau a chaviré.
Cette absence de vigie à l'arrière du pont pourrait s'expliquer par le changement de quart de travail des marins de la Garde côtière canadienne. Selon John Cottreau, porte-parole du Bureau de la sécurité des transports, ce changement de quart s'est effectué à 1 h du matin, soit au moment où le navire du capitaine Bruno Bourque chavirait.
Des moments difficiles
Son compagnon d'infortune, Claude Derapse, a expliqué qu'il dormait lorsqu'il a été réveillé par quelque chose qui a frappé le bateau. Presque aussitôt, le bateau a versé à tribord. Il a immédiatement réveillé les autres et s'est dirigé vers la timonerie déjà envahie par l'eau.
Dans la timonerie, en boxer et en t-shirt, il a réussi à sortir en s'immergeant dans l'eau et en sortant par une fenêtre en partie bloquée par la glace. Il s'est ensuite hissé sur la coque du bateau, frigorifié et presque incapable de bouger. Il a été sauvé par l'équipage de Wayne Dickson.
Le capitaine du Madelinot War Lord a à nouveau expliqué qu'il avait vu par deux fois, une plaque de glace sortir du sillage du Sir William Alexander pour se coincer sous la coque de l'Acadien II. Lors du premier incident, il n'a pas tenté de communiquer avec le brise-glace, mais l'a fait en vain lorsqu'un second morceau de glace est apparu.
L'Acadien II, penché sur le côté, a ensuite été traîné sur cette plaque de glace. M. Dickson relate qu'une fois revenu sur l'eau, le bateau a presque réussi à se redresser, mais comme le brise-glace a continué et que l'eau s'engouffrait, le bateau a chaviré.
Opération sauvetage
Le Madelinot War Lord s'est aussitôt dirigé tout près de l'Acadien II. Bruno-Pierre Bourque est alors apparu. Comme il ne pouvait mettre la main sur les gilets de sauvetage, un des hommes d'équipage lui a tendu la perche utilisée pour récupérer les peaux de phoque. Puis, quelqu'un a aperçu Claude Desrape qui a aussi été hissé à bord à l'aide de la perche.
C'est alors, indique le capitaine du War Lord, que le projecteur du brise-glace, braqué sur la scène, s'est éteint. Il a dû rappeler le Sir William Alexander pour que la lumière se rallume. Il a ensuite expliqué que les hommes du Sir William ont pratiqué une ouverture dans l'Acadien II pour que l'eau s'écoule.
Deux plongeurs sont ensuite arrivés par hélicoptère et de l'équipement a été largué pour la plongée. Les plongeurs ont réussi à ramener trois corps. M. Dickson rapporte qu'un des deux plongeurs s'est offert pour continuer les recherches, mais le directeur des opérations a refusé de poursuivre les fouilles. Le brise-glace a ensuite coupé les amarres avec l'Acadien II et a laissé aller le bateau à la dérive.
Ému, M. Dickson a remercié ensuite l'équipage madelinot qui lui a permis de rentrer aux Îles après cette terrible nuit. Sinon, croit-il, lui et son équipage seraient encore à Sydney.
Ces déclarations sont les seules qui seront effectuées d'ici les funérailles prévues pour samedi. Les témoins ont demandé à la presse de respecter leur deuil et de leur accorder un peu de répit au cours des trois prochains jours.
Reprises des recherches
Le ministre fédéral des Pêches, Loyola Hearn, a ordonné à l'équipage du Terry-Fox de retourner sur les lieux du drame où le bateau flotterait toujours. L'équipage a reçu l'ordre de reprendre les recherches pour retrouver le corps de Carl Aucoin.
Les corps des autres victimes ont été rapatriés aux îles de la Madeleine en fin d'après-midi. Un hélicoptère des Forces canadiennes a transporté les corps d'Halifax à Cap-aux-Meules. Les dépouilles seront exposées au salon funéraire jeudi pour la famille. Une salle de l'hôtel de ville sera transformée en chapelle ardente vendredi et samedi matin pour permettre à toute la communauté madelinienne de rendre un dernier hommage aux marins disparus.
Période de deuil
De nombreux Madelinots retournent dans l'Archipel, autant par bateau que par avion, pour assister aux funérailles.Le traversier qui fait la navette entre les Îles et l'Île-du-Prince-Édouard a d'ailleurs effectué son premier voyage de la saison mercredi avec à son bord des proches des victimes.
Les funérailles auront lieu à l'église de Saint-Pierre-de-Lavernière à 13 h 30, samedi. La messe sera retransmise à l'église de Fatima ainsi que sur les ondes de la radio communautaire.
Le ministre des Pêcheries du Québec, Laurent Lessard, la ministre responsable de la région, Nathalie Normandeau, ainsi que la chef du Parti québécois, Pauline Marois, assisteront à la cérémonie.
Publié par : Marcel Charland
à 19:32:14
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